Le chemin pierreux

Le chemin pierreux

Comment tout a commencé ? Je n'ai jamais eu de lien particulier avec les filles de ma classe. Naturellement, à l'âge de 12-13 ans, j'avais une "petite amie", pour laquelle je n'avais cependant pas vraiment de sentiments. Il fallait bien en avoir une... Après deux aventures du même genre, où déjà les baisers étaient une pure victoire, je me décidais, pour moi-même, de ne pas me mettre la pression.

A 14 ans, après ma confirmation, j'ai commencé , comme les autres, à chanter dans le chœur et à m'investir dans la jeunesse. Mais concernant la jeunesse, mon investissement personnel restait du domaine de la tentative. Je n'ai pas trouvé le contact avec les autres, j'étais différent et ne trouvais personne avec qui j'aurais pu vraiment discuter, et je n'avais pas le sentiment d'y appartenir vraiment. Dans ce temps là il y avait régulièrement des saints scellés dont aussi celui d'un jeune homme. Il venait aussi à la jeunesse et s'est tout de suite collé à mes talons, ce que je ne comprenais pas, vu qu'avec le reste des jeunes je n'avais moi-même pas de contact. Cependant comme tout bon chrétien, je m'en suis occupé autant que je le pouvait. Je n'étais pas non plus mécontent d'avoir fait la connaissance de quelqu'un. A partir de ce jour là, quelque soit l'occasion, nous nous arrangions pour être ensemble.

Puis, il m'invita à son anniversaire ce qui me fit très plaisir. Là, il me confessa être bi. J'ignorais de quoi il parlait, mais je lui dis que pour moi c'était O.K. C'était la première fois que je m'entretenais de tels sujets avec quelqu'un. J'étais quand même un peu curieux , mais j'avais à peine 14 ou 15 ans. Lors d'une autre occasion, j'étais à nouveau chez, ce que je trouvais aussi cool, comme ça sans les parents. Ce soir-là, je ne l'oublierai pas, car c'est là qu'il m'a dépucelé. Je n'avais encore jamais jusqu'à ce jour-là tenté quelque chose dans aucune direction. Et pour être tout à fait honnête ça m'a terrifié. J'étais complètement effaré, et ne pouvais en parler avec personne. Le frère, qui lui avait fait connaître l'Église néo-apostolique est venu me voir et voulait me parler car il avait peur j'aille en parler à la police. Mais j'avais honte et bien trop peur.

Ainsi je rompais le contact autant que possible avec lui, et me décidais à me trouver une copine. Mais je ne parvenais pas à oublier ce qui c'était passé. Quelque temps après, j'ai repris contact avec lui pour en parler. Entre-temps, j'avais commencé une formation et lui téléphonais souvent. Nous nous sommes revus, et avons reparlé de que s'est passé. Avec le temps, ma curiosité avait grandi et je sentais en moi une aspiration que je ne voulais toutefois pas admettre. Mes parents ne savaient rien de ce qui se passait.

Ce n'est qu'à l'âge de 17 ans, après plusieurs rencontres et de nombreuses conversations que j'ai pu dépasser ma gêne à son égard. Nous pouvions parler de tout, je me sentais bien avec lui et voulais aussi plus. Un soir de février, en rentrant de la répétition d'orgue, je suis allé à son anniversaire. Le temps était venu pour moi d'assumer mes sentiments, et une relation, et je me réjouissait d'être sûr si enfin de mon affaire. Là, il me parla de sa séropositivité. Super, je venais à peine de tirer un sujet très difficile au clair et alors cela. Mais cela ne m'a pas freiné, je voulais être avec lui. Je m'informais autant que possible et débutais ma première relation.

Mes parents remarquèrent un changement chez moi et il y avait bien quelques rumeurs. La mère de mon ami était une collègue de travail de ma mère. C'est ainsi qu'ils ont appris que celui qui avait fait connaître l'Église néo-apostolique à mon ami ne jouait plus de l'orgue à l'Église parce qu'il était homosexuel. Cela a choqué mes parents. Certes, ils ne se doutaient de rien à mon sujet, mais le fait que j'évolue dans ce monde-là les dérangeait profondément. A mes tentatives pour en parler, ma mère répondait plutôt évasivement : "Mon garçon, tout ça peut encore changer. Peut-être que tu devrais chercher plutôt auprès de filles un peu masculine." Elle n'était pas horrifiée, mais elle ne voulait pas croire je pourrais être homosexuel.

Je continuais à vivre encore certain temps ainsi, caché, et mes sentiments se renforçaient de plus en plus. Pour moi, il n'y avait plus aucun doute. Je l'avouais à deux amis de cette époque-là qui ont réagit de manière très cool et sereine. Comme si je leur annonçais que j'avais une copine. Cela m'a donné le courage de révéler mon homosexualité à ma famille une semaine avant mon examen de fin d'études lors d'un déjeuner, un dimanche après l'Église. Cela a fait l'effet d'une bombe. Mon père a quitté la table sans dire un mot, et ma mère m'a demandé en secouant la tête : à part ça, rien d'autre à dire ? Nous ne parlions plus ensemble, nous nous évitions. Je quittais la maison le matin avant que mes parents ne se lèvent, et rentrais seulement le soir. Mais étrangement je me sentais beaucoup mieux. Pouvoir vivre enfin libéré, ne plus devoir se cacher.

Je terminais plutôt mal mon examen, en acceptais le résultat, allais à la maison annoncer tout cela et fis mon sac pour aller rendre visite à des amis à Düsseldorf. Je rentrai une semaine plus tard, parce que je savais mes parents en vacances. Et que trouvais-je sur la table ? Une fiche avec des offres de location d'appartements ! Je déménageais alors mes affaires pendant qu'ils étaient encore en vacances. Ensuite tout lien fût rompu.

Cela n'a alors pas été facile. J'ai perdu mon emploi à cause de mon homosexualité, j'ai été dégradé à l'armée et casé dans le service de psychiatrie. Mais tout cela m'était égal.

Petit à petit, mes parents se sont à nouveau manifestés. Plus particulièrement via l'une mes sœur qui naturellement en souffrait. Je croyais que le pire était passé jusqu'à ce que mon ami meure du sida. Cela a à nouveau bouleversé ma vie pour laquelle je croyais avoir trouvé lentement une certaine stabilisé. Les remarques de mes parents ont repris, n'était-ce pas là comme une sélection naturelle ? Pour me changer les idées, je suis alors envolé pour quatre semaines au Brésil, pour faire le point sur ma vie, me chercher, moi et mes besoins. J'essayais de remettre ma vie sur ses rails.

Après ces vacances, j'étais comme transformé. Je renouais de nouveau de solides liens avec mes parents et voulais leur prouver de ce dont j'étais capable. Que je n'étais pas malade, et que je pouvais vivre très bien en étant gay et que je suis une personne comme les autres. Je trouvais un nouvel ami, et avec le temps mes parents ont commencer à m'accepter. Toujours un peu plus, pas après pas. Cela c'est fait au sacrifice de beaucoup d'énergie, d'effort de compréhension mutuelle, de remise à cause de certaines valeurs et certaines normes. Je dirais que j'ai aujourd'hui de meilleurs rapports avec mes parents qu'au cours de mes 28 précédentes années. Un jour mon père m'a dit qu'il était fier de moi. Ce moment, je ne l'oublierai jamais, car ce n'est pas un homme de nombreux discours.

Après mon coming-out out, j'ai cessé de jouer de jouer de l'orgue ou de diriger à l'église. Je suis devenu distant et provoquant. Je cherchais des réponses que personne ne me donnait, je me sentais exclu. J'ai alors rompu avec l'Église. Non j'aurais perdu la foi en Dieu, je rompais avec l'institution qui est dirigée naturellement par des humains. Cependant cela ne m'a jamais entraîné à dire quelque chose de négatif, ou me renier. Au contraire j'étais fier de vivre de manière oecuménique. Parfois je vais à l'église dans les communautés de la région pour avoir mon calme. Je chante dans des églises catholiques et je travaille pour obtenir le certificat d'organiste.

J'espère que mon récit n'a pas été trop décousu. C'est difficile de résumer quand on fait toutes ces expériences et vécu tant de choses. Au final nos expériences nous marquent, mais elles nous rendent aussi plus fort. C'est ce que je souhaite à chacun, quelle que soit sa confession.

 

                                                                                Stefan

 

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Agenda :

6 - 8 juin 2014: Rassemblement Religieux International, Munich (Allemagne)

3 - 5 octobre 2014: Berlin (Allemagne)

L'écho des médias:

"Treffen der Regenbogen-NAK in Bremerhaven" un article publié par l'Eglise néo-apostolique de l'Allemagne du Nord.